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Vers la réinstauration du poste de vice-président de la République

Dans Actualités, Politique le août 19, 2009 à 4:03

De Michel Michaut Moussala, Aurore Plus

Au cours de son récent séjour officiel en terre française, Paul Biya s’est vu imposer par son homologue Nicolas Sarkozy la création d’un poste de vice-président de la République avec droit d’achever le mandat de l’actuel locataire du palais d’Etoudi au cas où ce dernier serait contraint de partir pour une raison ou une autre.

Le problème le plus difficile ne sera pas la modification de la constitution mais de trouver l’homme ou la femme anglophone ou un originaire du Grand Nord pour occuper ce poste.

Echaudés par ce qui s’est “passé en Côte d’Ivoire après le décès de Félix Houphouët Boigny en 1993, au Togo après la mort brusque d’Etienne Eyadema Gnassingbe où son fils Faure a pris le pouvoir après un simulacre d’élection en avril 2005 et inquiets de ce qui pourrait se passer au Gabon si Ali Ben Bongo Ondimba gagne le scrutin présidentiel du 30 août courant, succédant ainsi à son père El Hadj Omar Bongo Ondimba décédé le 8 juin 2009 après 42 ans de règne absolu, la droite française et son corollaire que sont les milieux d’affaires veulent d’une transition démocratique paisible au Cameroun dans le seul but de préserver leurs intérêts.

Paul Biya a accepté cette proposition que lui a faite le président français en émettant quelques réserves de fond. Comment sera effectuée cette modification de la Constitution pour réintroduire le poste de vice-président qui a déjà existé au Cameroun quand l’Etat était fédéral et qui avait été occupé par John Ngu Foncha. Il sera peut être fait par référendum ou par l’Assemblée nationale.

La formule référendaire ne passera pas pour éviter le syndrome nigérien où le forcing du président Mamadou Tanja conduit le pays tout droit dans le mur. L’autre argument pour rejeter le référendum est qu’il coûte cher et que l’argent ainsi dépensé pourrait servir à autre chose. Il restera donc la seule voie parlementaire.

Il n’est donc pas exclu que dans les semaines et les mois à venir l’Auguste chambre ait à se pencher sur le sujet. Et le Rdpc étant majoritaire, il votera pour cette modification. Mais il se posera plusieurs questions de taille qui ne feront pas parfois l’unanimité au sein même du Rdpc au pouvoir: le statut du vice-président, le poste de Premier ministre sera-t-il conservé ou supprimé, etc., mais le plus grand problème sera l’origine du colistier de Paul Biya pour l’élection présidentielle anticipée du 2010. A moins que…ce ne soit le président élu qui nomme le vice-président.

Incohérences

Paul Biya qui a une bonne formation en droit et en sciences politiques a déjà commencé à revisiter les anciennes constitutions du Cameroun, surtout celle de l’Etat fédéral qui a régi le pays de 1961 au 20 mai 1972, date à laquelle le Cameroun est devenu un Etat unitaire sous la volonté unique d’Ahmadou Ahidjo.

Biya a, ou va consulter les spécialistes camerounais du droit constitutionnel. Il va également consulter comme il l’a déjà fait dans le passé les spécialistes français dans ce domaine. On se rappelle que pour mettre en place la constitution inachevée de 1996, le chef de l’Etat avait dû avoir recours à l’expertise hexagonale.

Certains problèmes pourraient surgir au cours de cette révision constitutionnelle telle que la forme de l’Etat. De 1961 au 20 mai 1972, l’Etat était fédéral et s’accommodait fort bien d’un vice-président. Ahmadou Ahidjo étant francophone, le vice-président était automatiquement anglophone. Aujourd’hui, le Cameroun est un Etat unitaire décentralisé. Va-t-on conserver la même forme de l’Etat en instaurant une vice-présidence ?

Quels seront les pouvoirs du vice-président ? Va-t-on fonctionner comme dans le système américain où le vice-président n’a aucun pouvoir, tous les pouvoirs exécutifs étant concentrés entre les mains du président alors que tous les deux sont élus sur un même ticket ? Va-t-on conserver le poste de Premier ministre chef du gouvernement comme c’est le cas actuellement, va-t-on lui donner un autre contenu ou va-t-on le dissoudre purement et simplement ? A moins de faire comme au Zimbabwe de Robert Mugabe où il y a un président de la République, des vice-présidents, un Premier ministre. Voilà autant de problèmes auxquels devront faire face les constitutionnalistes et autres politologues en travaillant sur les textes qui seront ensuite déposés sur le bureau de l’Assemblée nationale. Du travail en perspective pour Joseph Owona, Augustin Kontchou Kouomegne, Maurice Kamto, Pierre Moukoko Mbonjo, Bipoum Woum et bien d’autres personnalités du Rdpc.

Complications opérationnelles

La grande question : qui sera le vice-président ou le colistier de Paul Biya au sein du Rdpc ? Au Nigeria voisin, le parti au pouvoir a fait simple: quand le candidat titulaire est originaire du Sud de la fédération, son colistier est du Nord et vice-versa. C’est ainsi que le Pdp (People’s Democratic Party) au pouvoir, a présenté à l’élection présidentielle de 1999 ainsi qu’à celle de 2003 un ticket comprenant comme candidat titulaire un Yoruba, Sud Ouest du Nigeria, le chrétien Olusegum Obasanjo et Aboutokar Attiku, un musulman du Nord de la fédération comme vice-président. De même à l’élection présidentielle d’avril 2007, le Pdp a présenté comme candidat titulaire l’actuel président, nigerian, Umaru Mussa Yar’Adua et un homme du Sud-Est, pays Ibo, comme colistier.

Ce scénario bien huilé chez notre grand voisin est-il possible chez nous ? C’est là où les choses coincent. Si l’on tient compte de l’exemple nigérian ou du système Nord-Sud mis en place par les Français et Ahmadou Ahidjo, Paul Biya devrait choisir pour colistier un originaire du Grand Nord. Ce qui n’est pas évident compte tenu du contexte sociopolitique actuel fait de luttes de positionnement, de calculs mesquins et tribalistes sans oublier le putsch manqué d’avril 1984 perpétré contre Paul Biya par des éléments du Grand Nord. Et sans surtout oublier la composante anglophone du pays qui est dans son bon droit de revendiquer ce poste de vice-président qui a un statut de dauphin.

La situation est très délicate pour Biya qui ne peut mettre à ce poste quelqu’un de l’ère culturelle Fang-Beti. Ainsi seraient donc exclus de ce poste les Bulu, les Ewondo, les Eton et autres Manguissa, etc. D’autres personnes pensent même qu’il faut exclure les originaires des régions du Centre, du Sud et de l’Est même si elles sont peuplées par d’autres ethnies que les Beti: Bassa, Bafia, Tikar, Babouté, Banen, Maka, etc. Ce problème s’est déjà posé quand Biya a nommé Emmanuel René Sadi comme Secrétaire général du Rdpc en avril 2007. Les Beti voulaient le poste à l’instar de Grégoire Owona, actuel secrétaire général-adjoint et par ailleurs ministre délégué à la présidence de la République chargé des relations avec les assemblées.

Beaucoup d’autres ethnies ou régions voulaient le poste mais Biya avait jeté son dévolu sur René Sadi, un Babouté du Centre, département du Mbam et Kim dont l’ethnie se retrouve également dans la région de l’Adamaoua d’où elle est originaire et de l’Est du pays. Biya peut-il utiliser le même argument, le même raisonnement que Sadi appartient à une ethnie qui est présente dans trois régions du pays pour le désigner comme vice-président, sachant que pendant l’élection présidentielle Sadi pourrait faire voter pour le Rdpc une bonne frange des électeurs de l’Adamaoua plus enclins à voter l’Undp de Maïgari Bello Bouba, le leader de ce parti de l’opposition allié au Rdpc et ministre d’Etat en charge du Transport dans l’actuel gouvernement ?

Calculs politiciens sous jacents

Si le poste de vice-président vient à être créé, le Grand Nord fera entendre sa voix. Car selon certains nostalgiques de l’axe Nord-Sud, originaires du Grand Nord, il devrait leur revenir étant donné que son détenteur est considéré comme le successeur constitutionnel de l’actuel chef de l’Etat, Paul Biya. Un peu comme ce même Biya, Premier ministre de 1975 à 1982, était selon la constitution de cette époque successeur constitutionnel du président Ahmadeu Ahidjo.

Les prétendants sont nombreux dans le Grand Nord. On peut citer pêle-mêle Amadou Ali, Cavaye Yeguié Djibril, Marafa Hamidou Yaya, etc. On oublie une chose: Biya, s’il lui arrivait de nommer un originaire du Grand Nord ne pourra pas nommer un Peulh musulman ou quelqu’un du département de la Bénoué (celui d’origine d’Ahmadou Ahidjo et de Marafa) mais plutôt un originaire de l’Extrême Nord non peulh et chrétien. Le choix pourrait ainsi être porté sur Luc Ayang, un Toupouri chrétien de l’Extrême Nord, actuel président du Conseil économique et social depuis une vingtaine d’années et qui a été Premier ministre de Biya dans les années 80. Ceci pour tenir compte du poids démographique de non peulh, très écrasant dans cette partie de notre pays. Comment vont se comporter les députés du Grand Nord à cette session parlementaire? Il est difficile de le savoir à l’heure actuelle, mais les débats seront houleux au sein du Rdpc toutes régions et ethnies confondues.

Les Anglophones du pays ne seront pas en reste, eux qui estiment qu’il est temps qu’ils occupent – à raison – le palais d’Etoudi après les longs règnes d’Ahmadou Ahidjo (1960-1982) au Grand Nord et Paul Biya du Grand Sud de 1982 à nos jours, soit 27 ans. Pourront-ils être entendus ? Oui si cela dépendait du seul Biya, mais ses maîtres français qui lui ont suggéré cette modification verraient d’un très mauvais œil qu’un Camerounais d’expression anglaise assume un jour une transition démocratique. Ce qui pour les Français signifierait livrer le Cameroun avec ses immenses richesses du sous-sol aux pays anglo-saxons que sont les Etats-Unis et la Grande Bretagne. Pour échapper ou contourner les prétentions du Grand Nord de revenir au pouvoir, Biya peut bien remettre le pouvoir aux Anglophones un jour, n’eût été l’obstacle français.

Fin politique, Biya qui ne veut pas à tout prix que le pouvoir revienne au Grand Nord pourrait être tenté de jouer la carte Sawa. En effet, beaucoup de Camerounais ne verraient pas d’un mauvais œil un Duala pur souche, un Yabassi, un Abo, un Pongo, un Mbo, un Bakoko occuper le poste de vice-président et plus tard de président de la République. Un Duala chef de l’Etat, cela pourrait calmer les Anglophones de la région du Sud-Ouest, car une bonne frange des originaires de cette partie du pays sont de la même aire socioculturelle que les Duala. Wait and see.

USA-Cameroun : Les inquiétudes du Foreign Policy

Dans Actualités, Economie le août 19, 2009 à 3:45

Le dernier classement de la revue américaine classe notre pays au rang de ceux désormais à risque sur le continent.

C’est dans sa dernière livraison du mois d’août en cours que la revue américaine Foreign Policy revient sur la situation économique quelque peu préoccupante dans certains Etats du continent, au rang desquels le Cameroun. Une sortie qui, hasard du calendrier ou simple coïncidence, paraît au moment où Hillary Clinton, le secrétaire d’Etat américain entamait une tournée dans sept pays du continent africain. Une tournée qui elle-même intervenait quelques semaines après la visite de Barack Obama, le président des Etats-Unis d’Amérique sur le continent noir. Une tournée au cours de laquelle le chef de l’exécutif américain n’avait pas manqué de tancer ses homologues africains, qu’il tient pour responsables de la pauvreté ambiante qui règne sur le continent.

La dernière publication de Foreign Policy précise notamment en ce qui concerne son classement que si des pays comme “le Zimbabwé et le Soudan tiennent la tête d’affiche (des pays à risque ndlr), 2008 a vu de nouveaux arrivants se rapprocher dangereusement de l’abîme” “Ce sont des pays dits en “sursis”, pas encore en crise…”, précise-t-on dans le rapport. Alors que Alan Doss, le représentant spécial du secrétaire général des Nations Unies indique notamment au sujet de cette situation “Contrairement à l’anarchie qui règne en Somalie, les pays en sursis constituent une véritable jungle où le pouvoir et la souveraineté s’exercent au mépris du droit, et cela au nez et à la barbe de tout le monde”.
Pour ce qui est du Cameroun, le rapport du Foreign Policy indique notamment que “habituellement tranquille, le Cameroun a connu une année 2008 bien agitée”, expliquant cela par le fait que “le chômage en augmentation constante est devenu insupportable avec la hausse des prix des denrées alimentaires en début d’année”. Ce qui d’après les rédacteurs du rapport a entraîné les émeutes dites de la faim qui ont fait officiellement 40 morts dans certaines villes camerounaises, dont Yaoundé.

Chute libre
Une situation qui est allée croissante “lorsque le président Paul Biya a changé la constitution afin de rester au pouvoir après plus de 25 ans de règne…” S’ils reconnaissent que la situation s’est depuis lors apaisée, les rédacteurs du rapport du Foreign Policy indiquent que “cela pourrait ne pas durer, au vue de l’économie du Cameroun en chute libre”. Prenant pour exemple, “l’effondrement des cours du bois et des autres produits d’exportation (qui) a fait perdre aux entreprises plus de 630 millions de dollars depuis le début de la crise (soit plus de 300 milliards de francs Cfa). Une crise qui vient également quelque peu plomber” la majorité des projets miniers, agricoles et hydroélectriques de l’Etat. Notre pays serait également desservi par “le flux de réfugiés à la frontière nord avec le Tchad (qui vient) grever davantage les maigres ressources existantes”. Si “aucune opposition crédible ne menace la main mise croissante du président sur le pouvoir, les mouvements de rue et le mécontentement populaire font planer comme une ombre sur l’année 2009…”. Même si l’on peut remarquer que si la situation sociale n’a pas vraiment changé par rapport à février 2008, le pouvoir en place à Yaoundé semble le mieux maîtriser la situation.

Au rang des autres pays africains indexés par ledit rapport, figure la Guinée, qui vit à nouveau sous le contrôle de l’armée depuis la disparition du président Lansana Conté, la Guinée Bissau dont le chef de l’Etat, Joao Bernardo Vieira a été récemment assassiné. Un pays qui d’après le rapport constitue l’un des points de départ du marché de la drogue en Europe. “La valeur marchande de la drogue saisie en 2007 représentait jusque à 25% du Pib”, un commerce qui se ferait avec “la complicité de la police nationale”, même si l’on peut noter que la situation d’instabilité née de l’assassinat du chef de l’Etat a vite été compensée par l’élection d’un nouveau président, en la personne de Malam Bacaï Sanha. Ou encore le Soudan où le pays connaît une croissance à deux vitesses entre la capitale Khartoum qui connaît un développement fulgurant et les autres villes du pays qui sont à la traîne.
Les différents facteurs prix en compte par la revue américaine sont notamment la situation économique des Etats, le rythme de la croissance, la qualité du service public, le niveau d’insécurité, les droits de l’Homme, les revendications sociales, le taux d’immigration…

Source : Jean Francis Belibi. Mutations

Cameroun: De la boue d’huile de palme dans l’alimentation de la volaille

Dans Actualités, Economie le août 19, 2009 à 3:40

Une pâte jaunâtre que l’on déverse dans la nature, après avoir recueilli une crème de noix de palme. Quoi de plus banal et de plus normal dans nos campagnes ! Une nouveauté toutefois : l’Institut de recherche agricole pour le développement (Irad) dans son programme de valorisation de sous-produits agricoles et agro-industriels s’est intéressée à cette « boue d’huile de palme » et en a fait un complément alimentaire pour la volaille. L’étude menée de 2006 à 2007 dans cette institution par Jeannette Tchakounté a donné grosso modo les résultats suivants : les poulets en deuxième phase de croissance, c’est-à-dire âgés entre 20 et 30 jours nourris jusqu’au cinquantième jour à un aliment usuel auquel l’on ajoute 7% de boue d’huile de palme, gagnent en poids, présentent un taux de graisse normal pour une réduction de 17% du coup de leur alimentation.

Cette baisse des coûts de production qui était l’un des objectifs de la recherche s’explique à rebours par un exercice de substitution consistant à réduire la quantité de maïs et à remplacer, en partie, cette denrée dans l’alimentation de la volaille par la boue d’huile qui ne coûte rien, parce que titrée de déchets, du reste polluants. Comme on le sait, le maïs qui constitue jusqu’à 90% l’aliment du poulet de ferme est de plus en plus sollicité aussi bien pour la consommation humaine que pour l’industrie brassicole. L’augmentation de la demande ayant pour corollaire, l’augmentation des coûts, l’Irad a ressenti la nécessité de trouver des éléments de substitution pour rendre l’alimentation de la volaille un peu moins dépendante du maïs.

Du laboratoire à l’industrie

A l’Irad, l’on apprend que cette formule dans l’alimentation de la volaille est adoptée par certains éleveurs locaux fabriquant eux-mêmes leur provende, sur la base d’un guide qui est distribué sur place. Il n’a pas été malheureusement possible de recueillir le témoignage d’un éleveur utilisant cette formule. Les chercheurs leur conseillent, toutefois, de réserver cette alimentation aux poulets de 20 à 50 jours, l’âge des spécimens sur lesquels s’est faite la recherche. Car pour l’heure, il n’est pas possible de prévoir les effets que produirait cette ration alimentaire sur des sujets dont l’âge se situerait en deçà ou au-delà de cette tranche.

Le grand challenge pour la mise en valeur, à grande échelle, de cette découverte consiste à capter l’intérêt des industriels de la provende. C’est par l’appropriation de ce procédé par ces derniers que l’on pourra effectivement espérer une baisse du coût de production de la volaille, pour le plus grand bien du panier de la ménagère.

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